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Accueillir chaque voyage, dépouillée de toutes certitudes, pour vivre au plus près chaque instant et essayer de prolonger le lien par l'image et l'écriture.

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la nuit j'écrirai des soleils - Boris Cyrulnik

la nuit j'écrirai des soleils - Boris Cyrulnik
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Certes, Boris Cyrulnik a ses détracteurs… Le contraire serait surprenant et il est important de douter, de discuter et de vérifier.

Moi, bien souvent, je suis intéressée par ce qu’il écrit.

J'avais lu ce livre lors de sa publication au printemps 2019 mais j'aime bien relire parfois une même oeuvre car la perception en est différente selon la lumière de ce que nous sommes devenu(e)s.

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« La nuit j’écrirai des soleils » traite à nouveau du thème de la résilience cher à Boris Cyrulnik et il nous offre une jolie balade dans le monde de l'écriture. Il convoque de grands écrivains tels que Jean Genet, Victor Hugo, Antonin Artaud, Balzac, Romain Gary, Jean-Paul Sartre… dont la petite enfance a façonné les auteurs (et il consacre aussi quelques jolies pages à Gérard Depardieu qui certes n’est pas un écrivain mais qui s’est approprié les mots des autres) et il analyse à travers leurs oeuvres,  la défaillance de la première niche sensorielle, le corps de la mère dans les tout premiers mois de la vie, cette période qui tutorise le développement de l’enfant et dont la défaillance entraîne une fragilité émotionnelle. 

 

Et dans ce livre passionnant et lumineux qui mêle psychologie, neurologie, littérature, histoire… il analyse le pouvoir de l’imagination pour surmonter l’affliction. 

Après un trauma, on peut sombrer dans l’isolement, se révolter en écrivant un réquisitoire qui ne nous libère pas de notre prison (« crier son désespoir n’est pas une écriture ») ou encore aller vers une création artistique, créer une fiction qui va permettre de se réaliser en se libérant du trauma car l’objet écrit devient alors extérieur à soi même. Ecrire le trauma c’est alors devenir créateur de ce que l’on raconte et ainsi mieux le comprendre. C’est dans cette troisième voie que se situe la résilience qui permet de s’installer dans un autre monde où il sera plus facile de vivre. Plus que la force physique, c’est alors la force mentale qui permet l’attitude résiliante.

Boris Cyrulnik précise bien que l’écriture n’est pas une thérapie  car la blessure demeure indélébile. Il introduit la distinction : Penser le trauma n’est pas penser au trauma. Le trauma ne se gomme pas. Il s’agit plutôt de métamorphoser la souffrance, le « malheur qui charpente ma personnalité sans plus en souffrir », de transformer le vide en vie en suturant la déchirure avec des mots, en repensant le monde. L’écriture pour être résilience doit permettre de « recomposer le moi confus fait d’instants vécus en une représentation de soi enfin cohérente » (Dante) car écrire son monde intime, en faire une histoire, permet de rassembler "les fragments de son moi fracassé", d’en faire en quelque sorte un objet extérieur à soi que l’on peut ainsi mieux observer.

« En écrivant, j’ai raccommodé mon moi déchiré, dans la nuit j’ai écrit des soleils »

C’est sur cette jolie phrase que se termine le livre.

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