Accueillir chaque voyage, dépouillée de toutes certitudes, pour vivre au plus près chaque instant et essayer de prolonger le lien par l'image et l'écriture.
Par chicha
N'étant pas particulièrement attirée par la littérature japonaise, c'est avec réserve que j'ai ouvert ce livre de Kawabata, La danseuse d'Izu.
Mais je l'ai savouré lentement, avec délice, comme une friandise.
Ce petit livre (125 pages) regroupe 5 nouvelles empreintes d'une poésie et d'une beauté que l'on voudrait garder au creux de la main et qui continuent de nous auréoler bien après la lecture.
Ces petits textes nous parlent avec délicatesse et subtilité de l'amour pur, de la beauté, du passé et du présent, de la vie et de la mort, du bouddhisme, de la nature, de la guerre...
J'ai moins aimé "Bestiaire" qui évoque un homme solitaire qui élève des oiseaux mais j'ai beaucoup apprécié dans "Elégie" le portrait émouvant de cette femme qui après la mort de l'homme aimé continue d'honorer son amour dans les fleurs et les plantes, et l'amour pur et somptueux de Kyoko qui dans "La lune dans l'eau" fait découvrir à son mari invalide et alité le monde à travers un miroir .
"Aussi, lorsque je vous invoque, vous qui êtes mort, j'aime infiniment mieux m'adresser à ce prunier vermeil, déjà chargé de boutons et placé devant moi dans le tokonoma, que de vous prêter, dans l'autre monde l'aspect que vous empruntiez dans celui-ci" (Elégie)
"On ne connaît que le reflet de son visage ; ces traits qui vous sont personnels, uniques, vous demeurent invisibles. On se touche la figure chaque jour, comme si les traits que renvoie le miroir étaient ceux de votre vrai visage..."... "Tous deux plongeaient ensemble leur regard dans le miroir... contemplaient la lune reflétée dans une flaque d'eau. Cette lune, dont on pouvait à peine dire qu'elle fut l'illusion d'une illusion..." (La lune dans l'eau)
Ces cinq nouvelles semblent nous dire que vouloir s'approprier le bonheur est vain car il est impermanence, tout comme notre éphémère vie, mais qu'il est indispensable de goûter toute la beauté du monde.
Yasunari Kawabata a obtenu le prix Nobel de littérature en 1968
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