Accueillir chaque voyage, dépouillée de toutes certitudes, pour vivre au plus près chaque instant et essayer de prolonger le lien par l'image et l'écriture.
Pendant 800 pages, Ken Kesey nous fait vivre dans une ville fictive de l'Oregon bâtie le long de la rivière Wakonda.
Une grève menée par les bûcherons syndiqués.
Une famille, les Stamper, propriétaire d'une entreprise.
Plus qu'une famille, une tribu. Avec Henry, le patriarche à moitié fou, Hank le fils aîné réputé pour ses exploits sportifs, Lee l'intello revenu de la côte est pour se venger de son frère Hank, Joe Ben, l'éternel optimiste et Viv, la femme de Hank. Un clan qui va devoir affronter la réprobation et l'hostilité de l'ensemble des autres bûcherons.
Appliquant les principes de l'anarchisme individualiste à l'américaine ("quand c'est la crise, ma seule patrie c'est moi" déclare Hank), la tribu a décidé de boycotter la grève et de continuer à approvisionner la scierie régionale voyant là l'occasion de tirer un profit maximum pour être économiquement et historiquement en position de force.
La nature magnifiquement décrite - violente et impitoyable, fascinante et redoutable, indomptable et pleine de fureur - tient une place essentielle.
La maison familiale des Stampers est elle-même un défi : bâtie en surplomb de la rivière sur une péninsule dangereuse elle nécessite une surveillance permanente et une consolidation régulière pour ne pas être emportée par le courant.
C'est dans ce décor violent qu'évolue une famille dans laquelle amour et haine s'entremêlent. Une famille âpre et aussi dure que la nature qui l'entoure et dans laquelle les tensions sont permanentes parce que l'admiration baigne dans une violence réfrénée, dans la rivalité, dans l'incommunicabilité et dans l'incompréhension. ("je suis venu pour lui causer mais je savais avant même de descendre du car qu'on causerais pas parce qu'oncause jamais. Jamais on a été capables de se parler" déclare Lee)
Les 100 premières pages sont assez déroutantes car Kesey adopte dans ce livre une écriture très particulière : il allie narrations à la première et à la troisième personne, fait intervenir une multiplicité de personnages-narrateurs qui sont incapables de communiquer entre eux mais confient leurs pensées au lecteur...
Mais on finit par accepter totalement l'écriture de ce roman-fleuve spectaculaire et inoubliable dont on ressort lessivé.
Et quelquefois j'ai comme une grande idée est le deuxième roman de Ken Kesey, après Vol au-dessus d'un nid de coucou. Il est considéré comme l'oeuvre phare de Kesey et comme un chef-d'oeuvre de la littérature de l'Ouest américain.