Accueillir chaque voyage, dépouillée de toutes certitudes, pour vivre au plus près chaque instant et essayer de prolonger le lien par l'image et l'écriture.
Par chicha
Ce récit pour lequel Eric Vuillard a obtenu le prix Goncourt en 2017 est une remarquable approche des éléments fondateurs de la Deuxième Guerre mondiale.
Sur la couverture du livre, la photo représente Gustav Krupp en 1931. Il est alors à la tête de la multinationale Krupp et il sera jugé à la fin de la guerre, au procès de Nuremberg.
Il fait partie des 24 grands patrons des plus importantes entreprises allemandes - avec Siemens, Bayer, Opel… - qui rencontrent Goering au début du récit, en février 1933, et acceptent de collaborer docilement avec le nouveau chancelier, Adolf Hitler et de financer la campagne du parti nazi.
Eric Vuillard nous fait pénétrer dans l’antichambre de la la deuxième guerre mondiale en s’appuyant sur des scènes véridiques et ignorées. Il pointe avec acuité et ironie parfois la complaisance et la lâcheté des hommes politiques anglais, français, autrichiens face à Hitler en relatant une série de rencontres déterminantes entre 1933 et 1938 et la mise en place de la propagande, de la désinformation et de la manipulation des foules aveugles, résignées et parfois veules. Et il nous rappelle que pour un certain nombre d'Allemands et d'Autrichiens, la seule voie de résistance envisageable fut le suicide. Son analyse est implacable.
Les entreprises dont les dirigeants étaient présents à cette réunion de février 1933 existent toujours et elles ont même prospéré bien qu'elles aient fait travailler dans leurs usines, pendant des années, les déportés des camps... Mais ne dit-on pas que l'argent n'a pas d'odeur...
« Ils sont là, parmi nous, entre nous. Ils sont nos voitures, nos machines à laver, nos produits d'entretien, nos radios-réveil, l'assurance de notre maison, la pile de notre montre. Ils sont là partout, sous forme de choses. Notre quotidien est le leur »
Ce récit demeure d’une étonnante et désespérant actualité car les politiques, aujourd’hui toujours, continuent de se soumettre au grand capital car sans lui rien n’est possible.
Je n’aurais sans doute jamais ouvert ce livre qui n’est, a priori, pas dans mon champ de lecture si mon amie Ghislaine ne me l’avait offert. Merci à toi.
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