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Tout le monde l'appelait Jo. Moi, je l'appelais Pombo, en souvenir de notre premier voyage.
Il s'appelait Jean-Claude.
Nous nous étions rencontrés en juillet 2000. Lui, le bourgeois assez friqué,  moi la nomade qui s'apprêtait à demander une mutation professionnelle à l'étranger. Il y avait peu de probabilités pour que nos chemins se croisent et pourtant, pendant plusieurs années, nous avons été complices et joyeux dans l'amour, même si parfois il y avait, bien sûr, quelques turbulences.
Et je balayais d'un rire ses mises en garde "méfie-toi, le bonheur des uns rend les autres jaloux". Je mettais cela sur le compte de son pessimisme naturel.
Nous avons déambulé à travers le monde, chaque fois que cela nous était possible. Et, en décembre 2007, sur une route d'une petite île perdue dans l'océan indien, alors que nous circulions à moto, mon écharpe s'est prise dans la roue arrière... Lombaire cassée !...
C'est alors que tout a commencé à foirer. Pendant que j'étais alitée, un jupon est passé... et - à la grande satisfaction de son clan pour qui j'avais toujours été l'intruse - il l'a suivi jusqu'en Birmanie... pour en revenir précipitamment, trois jour après... et  sombrer dans l'alcool.
"J'ai fait la connerie de ma vie" m'a-t-il confié quelques mois plus tard lorsque nous nous sommes rencontrés.
Il m'a alors demandé de lui pardonner, de tout recommencer, changer de vie, faire d'autres voyages... Il était dans un tel état que l'urgence était pour lui de se faire désintoxiquer. Il est allé dans un centre des Alpes. C'est de là que, seul, il est parti pour son dernier voyage. Celui dont on ne revient jamais.
Il y est mort... Arrêt cardiaque ? Overdose d'alcool ? Suicide ?...
Bannie par la famille, je n'ai jamais eu le droit de le savoir.
Après des mois de questionnements douloureux, de lassitude, de révolte, de vide, de tristesse, de colère, de difficulté à faire mon deuil, la vie - une autre vie - a peu à peu refait surface et son absence n'est plus obsessionnelle.
Aujourd'hui, je sais - encore plus qu'avant - que rien ne mérite de renoncer à ses choix de vie. Et que cela implique de se battre et de n'accepter aucune compromission.

J'ai repris mes voyages avec légèreté et lorsque les découvertes me ravissent, je pense souvent "quel gâchis, Pombo. La vie valait le coup que tu la continues. Tu te serais émerveillé de cet endroit... de cette rencontre".

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