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10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 23:20

 

 

 

22bff62615

 

grandiose, émouvant, superbe.

En avril 2012, la ville de Tombouctou tombe aux mains des djihadistes qui soumettent la population à la loi islamique, jusqu'à l'intervention des militaires maliens et français en janvier 2013. Un évènement tragique a donné au réalisateur mauritanien, Abderrahmane Sissako le désir de faire ce film qui au départ devait être un documentaire :

 

 "le 22 juillet 2012 à Aguelhok, une petite ville du nord du Mali, alors que plus de la moitié du pays était occupée par des hommes pour la plupart venus d’ailleurs, s’est produit dans l’indifférence quasi totale des médias et du monde un crime innommable. Un couple d’une trentaine d’années qui avait eu le bonheur de faire deux enfants a été lapidé jusqu’à la mort. Leur crime: ils n’étaient pas mariés devant Dieu. La scène de leur mise à mort diffusée sur Internet par les commanditaires est horrible : seules leurs têtes dépassent du sol où ils sont enterrés vivants. La femme, au premier coup de pierre reçu, émit un cri rauque puis un silence. Elle était morte. L’homme ne dit rien. Cinq minutes après, ils furent déterrés pour être enterrés plus loin".


Dans un décor biblique baigné d'une lumière ocre - qui imprègne tout le film - une gazelle s'enfuit, poursuivie par des djihadistes en jeep, et des masques traditionnels africains se brisent sous les balles...

A Tombouctou tombé sous le joug des extrêmistes religieux, les habitants subissent, impuissants, le régime de terreur des djihadistes qui impose des règles d'une absurdité incommensurable : musique, rires, cigarettes et football sont interdits, les femmes doivent se voiler et porter des gants, les hommes ne peuvent plus se promener dans leur tenue habituelle, etc... et chaque jour des tribunaux improvisés rendent leurs sentences.

Non loin de là, un Touareg, Kidane, incarne le bonheur et l'harmonie dans les dunes avec sa femme Satima, sa fille Toya et Issan, son petit berger de 12 ans. Autour d'eux, les tentes ont disparu car la terreur a fait le vide.

Cette image de bonheur est une image de résistance, tout comme ce petit groupe qui dans la nuit brave l'interdit en grattant une guitare ou en fredonnant une chanson, ou encore ces jeunes garçons qui jouent un match de football sans ballon...

"Les extrêmistes religieux ont rendu la population de Tombouctou héroïque" dit Sissako. Parce qu'elle refuse de se soumettre à leur pouvoir en couvrant ses mains des gants imposés, cette femme qui vend des poissons représente la liberté. Les asservis sont montrés dans leur dignité et les oppresseurs dans leur banalité et leur ridicule. Ainsi en est-il d'Abdelkrim qui convoite une femme mariée et se cache pour fumer bafouant ainsi les règles qu'il impose aux autres.

On a choisi de diaboliser la religion plutôt que de parler des musulmans qui sont pris en otage, confondant ainsi islam et djihadisme. Abderrahamane Sissako, lui, inflige une gifle magistrale aux djihadistes en en faisant des pantins, des barbares qui n'ont que le pouvoir de nous jeter dans un monde chaotique.

 

Timbuktu est un film grave mais il n'est pas triste, sombre ou désespéré. Les images sont magnifiques et Abderrahmane Sissako nous offre des moments de tendresse, d'humour, de légèreté parfois et d'émotion bien souvent.

Ce film est une interrogation sur l'humanité et la violence mais ausi un chant d'espoir car le réalisateur semble nous dire que la tyrannie du djihadisme ne triomphera pas si nous savons préserver l'intelligence, l'amour, la dignité, le raffinement et la beauté.

Le film n'a pas pu être tourné à Tombouctou pour des raisons de sécurité. Abderrahmane Sissako a donc planté sa caméra en Mauritanie, dans la magnifique ville de  Oualata, la ville dont il est originaire.

 

Allez voir ce film... c'est un bijou

 

 

 

 

 

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Published by chicha - dans cinéma
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