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14 octobre 2009 3 14 /10 /octobre /2009 17:28



Managua

Dès que nous franchissons la porte de l'aéroport, Managua nous englue dans sa moiteur. Douze kilomètres dans la nuit glauque jusqu'à l'hôtel, toutes vitres fermées. Les coups de klaxon. Les bidonvilles. Les gamins qui s'agglutinent autour des voitures à chaque feu rouge pour vendre des petits bricks d'eau, des journaux, des oranges épluchées, des cigarettes à l'unité...

Dès le lendemain, nous errons dans les rues sans nom de cette capitale (pas véritablement reconstruite depuis le tremblement de terre de 1972) jusque sur les berges du lac Xolotan, une des plus grandes réserves d'eau douce du monde.

"Située au bord du lac Xolotian, Managua est une ville active, en constante évolution... Ses nombreux monuments... Ses lagunes... ses sites archéologiques... A la tombée du jour, découvrez le nouveau centre administratif tout en profitant de la brise fraîche du lac..." 
 

Les bords du lac n'ont rien d'idyllique ! Mais les panneaux publicitaires offrent cyniquement la solution "Jouis de la vie... bois coca-cola".

Châleur, crasse, misère, violence latente, invisible mais perceptible. "Il ne faut pas trop s'éloigner du centre et se promener comme çà dans les rues. C'est dangereux" nous prévient le chauffeur de taxi.

Nous cherchons en vain le centre ville.


Peut-être est-il symbolisé par cette étrange construction moderne, curieux compromis entre une mosquée et une centrale nucléaire : la cathédrale signalée par une banderole estampillée "Pepsi cola" !


 

 





Corn Island

Il n'y a pas de route qui permet d'accéder à la côte est du pays et le survol en avion permet de découvrir de superbes chaînes montagneuses et de grands champs circulaires avant l'atterrissage à Big Corn Island. De là, nous prenons rapidement la mer pour Little Corn Island.

"No cars. No phones. No jetskis. No TV. No movie stars. No cocktail umbrellas". C'est la devise de "casa iguana" où nous avons posé nos sacs pour quelques jours, dans une cabane abritée par les arbres.


La mer, le promenades, les langoustes mangées sur la plage... détente !

Une longue plage de sable fin et blanc, bordée de palmiers, une végétation exubérante, une eau cristalline font de cet endroit un ilôt de sérénité.

Mais la violence nicaraguayenne surgit de nouveau. Le regard hébété de ceux qui fuient la réalité dans la drogue... Les enfants en haillons que nous croisons au bout de l'île et qui se baignent avec leur cochon dans la mer...
le pêcheur qui ne sait pas exactement combien d'enfants il a (une vingtaine, pense-t-il) puisque, au-delà de son épouse officielle, il "visite" d'autres femmes (au Nicaragua, 80 % des femmes auraient été victimes de viol(s)... les Suédoises de l'ONG de Chinandega qui nous parlent de leur travail auprès des enfants dans ce pays de violence... et puis ce jeune, hoquetant, qui nous croise en courant sur la jetée du port, la joue entaillée et le sang coulant sur son visage et son tee-shirt...Les îliens le regardent passer dan une totale indifférence :"bof!... C'est un Indien de Bluefields... Ils se sont battus avec des tessons de bouteilles" dit le pêcheur à qui nous demandons ce qui s'est passé
.
 

 

Matagalpa & Jinotega
 

"Vous serez éblouis par les nombreuses plantations de café et de tabac... Laissez vous séduire par la beauté des villages..."

 

Après avoir loué une voiture, nous prenons la direction de Matagalpa. Autrefois grand centre économique, c'est une région de montagnes couverte de forêts et de plantations de café.

Matagalpa avec ses cases en tôle ondulée, rouillée, accrochées aux collines, ses rues poussiéreuses ne nous retient pas et nous poursuivons quelques kilomètres  pour faire halte dans la selva negra.


La Selva negra, c'est une grande forêt qui s'étend sur les montagnes au nord de Matagalpa. La terre semble riche. Mais si certaines plantations de café sont prospères, un certain nombre d'entre elles sont en vente ou en friche.

Comment serait-il possible de les faire vivre quand les nantis préfèrent placer leurs capitaux à l'étranger ? Quand le quintal de café se vend 50 dollars ? 

Nous nous arrêtons dans une belle propriété. Des arbres superbes, un lac artificiel. Ecureuils, sopilotes qui tournoient dans le ciel, zanates que nous écoutons chanter dans le parfum des grains de café qui sèchent au soleil.

Cet hôtel, c'est aussi la rencontre de Ricardo Pasos, l'écrivain philosophe ambassadeur, heureux de parler français. Bien que faisant partie de la classe des privilégiés, il nous donne, lui aussi, une vision désenchantée de son pays.

Et il nous offre l'un de ses livres, "el burdel de las Piedrarias", une nouvelle historique dans laquelle il relate, de manière impitoyable, les premiers temps de la colonisation de son pays par les Espagnols. C'est sans doute dès cette époque qu'ont été mises en place les fondations de la société nicaraguayenne d'aujourd'hui, violente, déchirée, injuste...





Plus au nord, la ville de Jinotega. Avec les tapis de grains de café qui sèchent sur le pas des portes, le marché du dimanche totalement hétéroclite... et cette maison couverte de dessins. La maison de Luis, ex-combattant sandiniste, peintre, homme de théâtre et de radio, clown... Luis qui nous invite à partager son repas : une assiette de riz-poulet avec un café délicieusement parfumé au cacao. Et, en prime, un verre de chicha - fabrication maison - en mon honneur.





Luis qui nous parle de la vie. De sa vie de Nicaraguayen : son séjour d'études en Russie où il a découvert le racisme, son combat de sandiniste, son appartenance aux Rose-croix, ses croyances mayas, son idéal de paix, son rêve d'un canal qui relierait le Pacifique à l'Atlantique en traversant le Nicaragua, la drogue, les vivres périmées et contaminées généreusement envoyées par la Russie, l'étranglement de l'économie par les Américains...

 

      (à suivre...)

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Published by chicha - dans nicaragua
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